Les Paradoxes du vivant / The Paradoxes of the Living

Le 4e numéro du livre-revue à l’intersection de l’architecture, de l’art et de l’économie explore la figure du vivant comme clé des défis contemporains. Les contributions d’experts issus de différents champs de la connaissance nous offrent de repenser notre relation à l’écosystème et aux nouvelles technologies, en mettant en avant la notion essentielle de la cohabitation.

Dépasser le simple constat de l’ère Anthropocène impose de chercher la position pour agir au-delà des dualismes modernes en articulant de nouvelles relations au vivant, paradoxales et parfois antagonistes. Ce qui paraissait inerte s’avère animé, l’individu se révèle écosystème, le vivant s’artificialise et la technique prend vie. À l’heure des grands dérèglements climatiques, un repositionnement par rapport aux autres formes d’existence semble salutaire. Notre planète est vivante ; plus que jamais, habiter le monde signifie cohabiter.
Prendre en considération le vivant, penser et construire avec et pour la nature est notre nouvelle frontière. Notre condition contemporaine est paradoxale : nous avons gagné une humilité en tant qu’homme, nous n’avons plus de droit naturel et nous craignons les conséquences de nos actes, mais la situation nous force à considérer des moyens d’intervenir sur le vivant.
Selon quelle représentation de la nature, suivant quelles approches, quelles méthodes et jusqu’à quel point ? Les visions s’opposent, mais les enjeux sont passionnants et les réponses complexes.
Comment dépasser les dualismes modernes ? Une philosophie des objets permet-elle de nouvelles interactions ? Le posthumanisme, une voie sans issue ? Les données refondent-elles notre expérience de l’espace ? Réintégrer la nature en ville ? Quel Progrès au-delà de la technologie ? Comment habiter la ville numérique ? Quelles dynamiques pour une architecture des milieux ? Vers une plus grande intelligence du vivant ? Quels cadres donner à la création de natures artificielles ? La technologie permet-elle des symbioses avec le vivant ? Quelle place pour les usages et les initiatives citoyennes dans l’évolution des milieux urbains ? Quels relais de biodiversité urbaine ? Le vivant comme matériau ou inspiration ? Comment développer des processus concrets pour donner corps aux utopies de la ville métabolique ?
Stream est un livre-revue à parution bisannuelle qui envisage le monde contemporain à partir des champs de la production, de la création et de l’architecture et examine les données, les rapports et les enjeux communs de ces trois domaines de pensée et d’activité.
Chaque numéro de Stream est traversé par une thématique commune à ces trois typologies et dresse, à partir d’analyses actuelles sur la société capitaliste et sur les mutations au niveau mondial qui ont fait émerger de nouveaux rapports entre le capital et la création, les perspectives d’action et de collaboration nouvelles dans ses différents champs d’études.
Stream aborde des questions contemporaines au travers d’une pluralité de contributions (essais, entretiens, portfolio) issues de différents champs disciplinaires (philosophie, économie, géographie, sociologie, etc.) et de pratiques créatives (art contemporain, design, architecture expérimentale, etc.) en vue d’appréhender les enjeux qui fondent l’architecture et l’urbanisme de demain.
Créé à l’initiative de l’architecte Philippe Chiambaretta, Stream est publié par PCA éditions.

 

Éditeur : PCA Éditions
Date de publication : Novembre 2017
ISBN : 9782954096988
Prix : 9,99 €
Intervenants :
Penseurs :
Augustin Berque, Graham Harman, Eduardo Kohn, Catherine et Raphaël Larrère, Timothy Morton, Pierre Musso, Roland Schaer, Marion Waller, Chris Younès
Artistes :
Michel Blazy, Olafur Eliasson, Loris Gréaud, Haru Ji & Graham Wakefield, Ariane Michel, Laurent Petit, Timur Si Qin
Théoriciens de l’art :
Jens Hauser, Laurent Le Bon, Thomas Schlesser
Chercheurs :
Gilles Boeuf, Timothée Boitouzet, Dominique Boullier, David Edwards, Donald Ingber, François Képès, Carlos Moreno, Joseph Paradiso
Paysagistes :
Anita Berrizbeitia, Gilles Clément, Catherine Mosbach
Architectes :
Philippe Chiambaretta, Anna Dyson, Yona Friedman, Ariane Lourie Harrison, Léa Mosconi, Jana Revidin

 

Éditorial
Philippe Chiambaretta

« Depuis sa création, Stream est un outil d’exploration et d’analyse des grands enjeux contemporains, au premier rang desquels la question environnementale, l’avenir de notre planète, notre avenir, qu’incarne la notion d’Anthropocène. En analysant pour Stream 03 l’évolution de l’urbanisation globale depuis le début du XXIe siècle, nous avions été poussés au-delà du simple constat de notre condition urbaine vers celui plus implacable encore de notre entrée dans une ère où l’homme devenait force géologique. Malgré les débats formels, la prise de conscience de notre responsabilité et de l’ampleur des défis est maintenant générale, invitant à considérer de nouvelles façons d’habiter la Terre. Se dessinait au fil de nos échanges et recherches l’image d’une évolution ontologique des relations de l’homme à la nature. Non pas des ajustements, mais bien un basculement profond, le renversement radical des dualismes sujet-objet et société-nature aux racines de la modernité occidentale.
Comment envisager ce monde complexe, cette condition hybride, incertaine ? Nous constations que pour une génération d’artistes et d’architectes expérimentaux la figure du vivant devenait une source d’émulation et d’inspiration, non selon le modèle classique du biomorphisme formel mais par analogie avec ses processus génératifs. Poursuivant la quête des manières de cohabiter au sein de notre planète – plutôt que de chercher à la dominer à tout prix – Stream 04 part de l’idée que ce paradigme du vivant est la clé de nos défis contemporains, que la compréhension de nos relations paradoxales à ce dernier permettra de concevoir des solutions durables.
Se tourner vers le vivant est une façon de ne pas subir l’Anthropocène, de ne pas rester figé face à une condition qui impose au contraire de trouver la position pour agir au-delà des dualismes modernes en articulant de nouvelles relations au vivant, paradoxales et parfois antagonistes. Prendre en considération le vivant, penser et construire avec et pour la nature est notre nouvelle frontière. Nous avons gagné une humilité en tant qu’homme, nous n’avons plus de droit naturel et nous craignons les conséquences de nos actes, mais la situation nous force paradoxalement à considérer des moyens d’intervenir. Mais selon quelle représentation de la nature, suivant quelles approches, méthodes et interactions ?
Il s’agit de comprendre si la figure du vivant peut dépasser le registre de la métaphore pour constituer une réalité scientifique à la fois soutenable philosophiquement et source de solutions concrètes. À l’exception de leur frange expérimentale, l’architecture et l’urbanisme, concernés au premier chef par ces enjeux, n’ont pas les outils intellectuels et techniques adaptés à cette révolution anthropologique. Stream 04 exprime donc un état des lieux de ce que la connaissance du vivant apporte à la fabrique de la ville. À la manière des précédents Stream, ce recueil de paroles prospectives explorera l’ensemble des champs traitant du vivant, les philosophes autour de l’évolution de nos rapports à la nature, les biologistes sur les avancées de la connaissance du vivant, les chercheurs au sujet de l’impact urbain des nouvelles technologies, les paysagistes pour le rôle de la nature dans la ville, les architectes autour des nouvelles formes et process durables ou les artistes pour leurs expériences de création avec le vivant. Stream les invite à aborder le sujet autour de trois thématiques principales : l’évolution de la place de l’homme par rapport au reste du vivant, ses rapports aux autres êtres et à la biodiversité ; les limites mêmes du vivant, aujourd’hui bousculées, hybridées par les développements des technologies numériques, des nano-biotechnologies et de l’intelligence artificielle ; les conséquences urbaines du passage d’une vision machinique de la ville à des analogies organiques et physiologiques qui réactivent des approches métaboliques complexes de celle-ci.
Quels sont les fondamentaux théoriques et philosophiques de la métaphore du vivant ? Quels croisements s’opèrent à la frontière des savoirs et des technologies, des théories et des pratiques ? Quel rôle pour le numérique dans ces nouvelles alliances ? Comment les artistes travaillent-ils avec le vivant ? De quelle façon les paysagistes, architectes, urbanistes et l’ensemble des concepteurs techniques prennent-ils la mesure de ces mutations scientifiques, écologiques et sociales ? Quelles leçons tirer des processus du vivant pour penser la croissance et l’hybridité des villes ? Comment concevoir autrement l’ensemble des artefacts pour revisiter la relation onto-géographique de l’humanité à son territoire ?
Entre nouvelles technologies et révolution de la pensée, les réponses du vivant à un monde globalisé et perturbé posent les jalons de l’entrée dans une ère de la responsabilité et du bien commun, du « faire avec » plutôt que du « faire contre », où le pilotage se substitue à la maîtrise. Dans la réinvention de sa manière d’occuper et d’habiter, l’homme établit de nouveaux partenariats, en particulier avec le vivant, comme modèle, outil et allié. Notre futur repose sur ces modalités d’interactions qui passent par une considération et compréhension du vivant, mais aussi par la recherche de façons d’agir sur lui, de l’orienter sans l’enfermer, de lui donner un cadre durable sans le dominer, d’initier avec lui des processus hybrides et évolutifs. »

 

 

 

 

 

 

 

 

Version numérique disponible en ligne :

Version imprimée diffusée par Les Presses du Réel / 9782954096971